Dimanche 9 décembre 2007
Construite en 2000, la Maison des minorités a été réalisée par des artisans Miao et Dong qui ont apporté leur savoir-faire de charpentiers, menuisiers, architectes du bois et de la tuile, selon leurs traditions ancestrales.

"Au printemps, les immenses troncs ont été transportés à dos d’homme jusqu’au terrain. Les plus gros troncs ont été réservés pour la charpente. Le charpentier Miao muni d’un stylet en corne de chevrotin trace des signes cabalistiques incompréhensibles pour la plupart des gens. Cette écriture différente des caractères chinois est connue uniquement des charpentiers. Les menuisiers ont découpé les planches à la scie, l’un au dessus et l’autre en dessous du tronc, dans un mouvement régulier de va et vient. D’autres ont taillé les poutres au couteau, pour leur donner la forme nécessaire, chacune d’elles ayant des mesures précises pour s’imbriquer les unes dans les autres, comme un grand jeu de construction, imbriqué en tenons et mortaises, sans un seul clou, afin que le bois ne se fende.

Un matin, le charpentier Miao est venu me prévenir : On va lever la charpente.
On fit venir un « maître des esprits » pour qu’il prononce les paroles qui portent bonheur aux habitants de la maison. Ensuite les éléments de la charpente ont été levés à l’aide de cordes par les charpentiers, les plus jeunes hommes grimpant sur l’échafaudage pour hisser les poutres qui sont peu à peu encastrées l’une dans l’autre. La charpente terminée, on fit alors éclater un long chapelet de pétards, suspendu à une poutre. Les esprits prévenus de la fête, on put ensuite célébrer l’événement joyeusement en organisant un banquet pour remercier tous les artisans. On tua un cochon, avec le sang duquel la base des piliers est badigeonnée, selon la tradition, afin d’assurer leur solidité. A l’automne, vingt mille tuiles grises furent transportées à la palanche par des femmes Miao. Les angles du toit légèrement relevés grâce à un support de plâtre, permettent une bonne protection des parties en bois et une plus grande stabilité à l’assemblage des tuiles faîtières. Une vaste terrasse surplombait la façade et les fenêtres étaient ouvragées de motifs en bois sculpté." (Extrait du livre de Françoise Grenot-Wang : Au coeur de la Chine, une Française en Pays miao", Ed. Albin Michel, 2007).


 

 

Par Françoise Grenot-Wang - Publié dans : artisanat
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Dimanche 9 décembre 2007
Dans les v undefined illages de montagne au Sud-est du Guizhou, on peut voir les femmes Pan Yao fabriquer leur propre papier à la maison. Sur un grand cadre de bois supportant une toile épaisse fixée avec des cordes est étalée une pâte liquide, que l’on fait sécher au soleil. On détache ensuite la feuille de papier qui est pliée et conservée ou vendue au marché du bourg le plus proche. Les Yao utilisent une écorce (photo) ou la paille de riz, macérée plusieurs jours de suite dans l’eau puis mélangée à un solvant, issu d’une racine sauvage. Grâce au papier artisanal, les Yao ont développé un art religieux unique. Chaque famille possède une série de 18 peintures représentant les divinités protectrices du peuple Yao, dont le fameux roi Pan, leur ancêtre-chien. Le papier des Yao sert également dans la région à fabriquer des chapeaux coniques (le papier huilé est inséré sous l’armature en bambou) et jusqu’aux années 1970, il était utilisé pour faire les parapluies et ombrelles, recouvert d’un vernis et collé sur une armature en bois.

Le "Pays du Milieu" est aussi le pays des « Trois grandes inventions » (san da faming) : le papier, la boussole et la poudre à canon. La boussole qui indiquait le sud avait la forme d’une cuiller aimantée posée dans un bol de métal. Elle leur permit de faire les premières grandes expéditions outre-mer, bien avant les Portugais. La poudre à canon fut inventée à des fins de pétards et feux d’artifices de Nouvel an et ils furent bien surpris de voir revenir cette poudre dans les canons occidentaux pointés sur eux lors de la Guerre de l’Opium. L’invention du papier est attribuée à Cai Lun, conseiller de l’empereur Hedi des Han, en 105 de notre ère. Le secret du papier a été jalousement conservé pendant plus de cinq siècles jusqu’à la papierYao-r.jpg célèbre bataille de Talas qui a opposé les Chinois aux Arabes en 751. Les artisans pour sauver leur vie auraient livré le secret qui s’est alors répandu vers l’Occident.

Aujourd’hui, lorsqu’on observe les femmes Yao fabriquer leur papier, reprenant les gestes traditionnels millénaires de leurs ancêtres, on est en droit de se demander si ce ne sont  pas les Yao qui sont les véritables inventeurs du papier.

 

 

 

 

Par Françoise Grenot-Wang - Publié dans : artisanat
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Dimanche 25 novembre 2007

 

A l'instar d'autres minorités du Yunnan ou des pays voisins d'Asie du Sud-est (Vietnam, Laos, Thaïlande), les Miao et les Dong privilégient très largement la musique vocale. Celle-ci est avant tout prétexte à développer une poésie orale qui touche principalement le domaine des chants épiques anciens. Le récit chanté peut durer des heures, voire une ou plusieurs journées entières. L'accompagnement instrumental sur une vièle à archet ou une clarinette de bambou est des plus rudimentaires. Le style recto-tono, la forme monostrophique et la longueur de la prestation en font plus une pièce de littérature orale qu'une oeuvre musicale proprement dite. C'est pourquoi, seuls les locuteurs Dong ou Miao peuvent en goûter toutes les saveurs. A ce stade de l’observation, cette tradition me semble plus proche de celles des peuples des steppes que de celles des Han.

Une autre forme vocale est la tradition de chant de cour d'amour qui consiste en un dialogue poétique chanté entre une jeune femme et un jeune prétendant. Un chanteur présente ses louanges et invite une chanteuse à le rejoindre. Après avoir fait ses avances, de manière très imagée et très pudique, c'est au tour de la chanteuse d'exprimer ses sentiments et ainsi de suite jusqu'à épuisement de l'inspiration, ce qui peut durer plusieurs heures.

Le "grand chant" des Dong est interprété par un chœur d’hommes ou de femmes pouvant compter une dizaine d'interprètes, voire plus, d'où probablement son appellation. C'est au pied de la tour de tambour que se réunissent les chanteurs ou chanteuses Dong. Outre la beauté des timbres, riches en harmoniques, ce qui surprend le plus tient dans les passages à plusieurs voix, technique totalement absente en Chine et en Inde.

Cette manière de chanter rappelle celle utilisée par les ensembles vocaux populaires des Balkans. Elle me fait également penser aux polyphonies vocales des Toraja de Sulawesi, que j'ai pu enregistrer en 2005 et dont j'ai laissé un document vidéo en exposition permanente au Musée du Quai Branly. Une chose reste certaine, cette technique vocale observée chez les Dong ne peut être un emprunt ni aux Han, qui l'ignorent et l'ont semble-t-il toujours ignorée, ni aux missionnaires chrétiens occidentaux qui apportèrent le chant choral dans leurs évangélisations.

Il ne semble pas y avoir de musicien professionnel dans ces sociétés agraires, mais des musiciens occasionnels. La variété organologique n'est pas très grande: feuille d'arbuste, guimbarde, flûte à conduit, luth à trois cordes pincées (dit pipa chez les Dong), vièle à archet à deux cordes avec une âme amovible au travers de la table pour en régler le timbre (dite "jambe de boeuf", du fait de sa forme). A noter une originale clarinette à anche libre en bambou. Mais, l'instrument le plus spectaculaire et le plus emblématique est un orgue a bouche, le lusheng, doté de six tuyaux mélodiques accordés sur une échelle pentatonique. Alors que les orgues à bouche d'Asie de l'Est et du Sud-est sont très majoritairement joués en solo, nous avons ici de véritables fanfares de lusheng. Un ensemble de lusheng comprend deux, trois, voire quatre "pupitres" d'instruments que l'on pourrait qualifier de soprano, alto, ténor et basse, les plus graves pouvant atteindre une longueur de huit mètres.

   Il est urgent de valoriser ces très intéressantes musiques, dont certaines sont vraiment superbes, de souligner l'originalité des cultures Miao et Dong, afin d’empêcher leur progressive disparition sous l’effet de la mondialisation.

  Extrait d'un article de Yves Defrance, Président de la Société Française d’Ethnomusicologie, Musée, de l’Homme, Paris (communication personnelle)

Par Françoise Grenot-Wang - Publié dans : minorités ethniques
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