musiques miao et dong

Publié le par Françoise Grenot-Wang

 

A l'instar d'autres minorités du Yunnan ou des pays voisins d'Asie du Sud-est (Vietnam, Laos, Thaïlande), les Miao et les Dong privilégient très largement la musique vocale. Celle-ci est avant tout prétexte à développer une poésie orale qui touche principalement le domaine des chants épiques anciens. Le récit chanté peut durer des heures, voire une ou plusieurs journées entières. L'accompagnement instrumental sur une vièle à archet ou une clarinette de bambou est des plus rudimentaires. Le style recto-tono, la forme monostrophique et la longueur de la prestation en font plus une pièce de littérature orale qu'une oeuvre musicale proprement dite. C'est pourquoi, seuls les locuteurs Dong ou Miao peuvent en goûter toutes les saveurs. A ce stade de l’observation, cette tradition me semble plus proche de celles des peuples des steppes que de celles des Han.

Une autre forme vocale est la tradition de chant de cour d'amour qui consiste en un dialogue poétique chanté entre une jeune femme et un jeune prétendant. Un chanteur présente ses louanges et invite une chanteuse à le rejoindre. Après avoir fait ses avances, de manière très imagée et très pudique, c'est au tour de la chanteuse d'exprimer ses sentiments et ainsi de suite jusqu'à épuisement de l'inspiration, ce qui peut durer plusieurs heures.

Le "grand chant" des Dong est interprété par un chœur d’hommes ou de femmes pouvant compter une dizaine d'interprètes, voire plus, d'où probablement son appellation. C'est au pied de la tour de tambour que se réunissent les chanteurs ou chanteuses Dong. Outre la beauté des timbres, riches en harmoniques, ce qui surprend le plus tient dans les passages à plusieurs voix, technique totalement absente en Chine et en Inde.

Cette manière de chanter rappelle celle utilisée par les ensembles vocaux populaires des Balkans. Elle me fait également penser aux polyphonies vocales des Toraja de Sulawesi, que j'ai pu enregistrer en 2005 et dont j'ai laissé un document vidéo en exposition permanente au Musée du Quai Branly. Une chose reste certaine, cette technique vocale observée chez les Dong ne peut être un emprunt ni aux Han, qui l'ignorent et l'ont semble-t-il toujours ignorée, ni aux missionnaires chrétiens occidentaux qui apportèrent le chant choral dans leurs évangélisations.

Il ne semble pas y avoir de musicien professionnel dans ces sociétés agraires, mais des musiciens occasionnels. La variété organologique n'est pas très grande: feuille d'arbuste, guimbarde, flûte à conduit, luth à trois cordes pincées (dit pipa chez les Dong), vièle à archet à deux cordes avec une âme amovible au travers de la table pour en régler le timbre (dite "jambe de boeuf", du fait de sa forme). A noter une originale clarinette à anche libre en bambou. Mais, l'instrument le plus spectaculaire et le plus emblématique est un orgue a bouche, le lusheng, doté de six tuyaux mélodiques accordés sur une échelle pentatonique. Alors que les orgues à bouche d'Asie de l'Est et du Sud-est sont très majoritairement joués en solo, nous avons ici de véritables fanfares de lusheng. Un ensemble de lusheng comprend deux, trois, voire quatre "pupitres" d'instruments que l'on pourrait qualifier de soprano, alto, ténor et basse, les plus graves pouvant atteindre une longueur de huit mètres.

   Il est urgent de valoriser ces très intéressantes musiques, dont certaines sont vraiment superbes, de souligner l'originalité des cultures Miao et Dong, afin d’empêcher leur progressive disparition sous l’effet de la mondialisation.

  Extrait d'un article de Yves Defrance, Président de la Société Française d’Ethnomusicologie, Musée, de l’Homme, Paris (communication personnelle)

Publié dans minorités ethniques

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tcha tomy 24/04/2008 13:01

en occident il y a encore des lusheng et des chants chez les miao hmong expatriés mais la tendance va plutot vers la disparition... ce n'est pas une question de désintérêt mais tout ceci est vraiment complexe, c'est une littérature très riche et vivante associé à une maitrise vocale assez performante... alors les jeunes n'ont pas le temps de s'initier et d'en apprendre toutes les figures de style, les images, les références...
la pratique du lusheng est basé sur les chants alors si on ne sait pas chanté on peut pas jouer non plus... c'est tout une culture qui disparait... mais cette culture était entretenu par le quotidien de ces gens alors il est très difficile de conserver cet art dans sa splendeur hors de son contexte...elle est basée sur un champs lexicale de la nature et spirituel qui reste totalement étranger à nous enfants miao qui ont grandi en occident...

Françoise Grenot-Wang 27/04/2008 07:29


Ici dans les grandes montagnes Miao, la culture traditionnelle est encore assez bien conservée dans les villages. Venez vite les rencontrer avant que tout cela se retrouve seulement dans les
musées.