Consultation Yao

Publié le par Françoise Grenot-Wang

 


La guérisseuse interroge la mère de la petite fille.

« Elle a souvent mal au ventre ?

-  Souvent. Depuis qu’elle est toute petite elle a mal au ventre

- Elle a la jaunisse liquide.

- Oui c’est bien cela, car elle a souvent la diarrhée. Elle a souvent mal au ventre, mais comme elle ne parle pas, on ne sait pas exactement où elle a mal.

- Si elle a la diarrhée souvent elle mange certainement très peu.

- Oui c’est vrai, elle mange très peu

- C’est justement parce qu’elle ne mange pas qu’elle est si maigre et ses cheveux sont jaunes, c’est qu’elle souffre de malnutrition.

- Tu as raison, elle a la diarrhée, son caca est comme de l’eau. Elle mange très peu.

- Elle sait marcher ?

- Cette année, elle commence à faire quelques pas, elle peut marcher un peu.

- Elle sait parler ?

- non, elle ne sait pas parler.

- Son âme s’est peut-être égarée. As-tu fait venir le maître des esprits pour rappeler son âme ?

- Oui, elle a peut-être perdu son âme. Par moment, on a l’impression qu’elle n’a plus son âme.

- Son âme est égarée, et elle est en plus malade, c’est pourquoi elle est de plus en plus faible. Il faut rappeler son âme.

- Elle a souvent la diarrhée liquide alors elle n’a jamais eu de force. Depuis qu’elle est petite, je ne sais pas ce qu’elle a. J’ai vu un autre guérisseur qui m’a dit la même chose que toi.

- J’ai apporté des plantes médicinales. Attends un peu je vais lui frotter le corps. Ici vous avez un maître des esprits ?

- Nous en avons un ici, mais il ne sait pas rappeler l’âme. Tu sais rappeler l’âme ?

- Je sais tout faire. Je connais les plantes médicinales et je sais rappeler l’âme. Je sais tout cela.

- Tu peux me donner un petit sachet à mettre dans le dos de ma fille pour qu’elle aille mieux ? Tu en as apporté ?

- J’en ai un peu, mais je n’ai pas tout au complet. Quand mon amie m’a appelée au téléphone je suis venue en vitesse et je n’ai pas pu aller chercher tout ce qu’il fallait. Il fait encore froid, et cet hiver a été si froid que les plantes sont toutes mortes, c’est difficile d’en trouver. Ces plantes on peut en trouver encore, mais il faut attendre qu’elles repoussent. Elle est née quel jour et quel mois ?

- Elle est née au printemps de l’année dernière, mais je ne sais pas quel jour. As-tu apporté des médicaments à faire bouillir pour lui faire manger ?

- Non, j’ai seulement des plantes pour mettre dans un sachet dans son dos.

- Après l’accouchement, j’ai pris froid en sortant pour garder les vaches dans la montagne, je suis tombée malade. Est-ce que tu as des médicaments pour cela ?

- Il semble que tu soies toi aussi en mauvaise santé depuis que tu as pris froid après la naissance.

- quand j’ai accouché, j’ai attrapé cette maladie, je suis sortie faire mes besoins, et j’ai eu soudain des tremblements comme si j’avais très froid. Je me rappelle très bien que je me suis mise au lit et couverte avec la couverture et j’ai mis beaucoup de temps à me réchauffer. As-tu un médicament pour cette maladie ?

- Oui, j’en ai un. J’en ai apporté quelques uns. Certaines de ces plantes sont dangereuses. Si les gens sont mal intentionnés, elles peuvent poser de graves problèmes de santé. J’ai apporté des plantes qu’on met dans le dos, avec celles là tu ne risques pas d’ennuis. Chez vous les Miao, il y a aussi de mauvaises gens, ils donnent des mauvais médicaments qui rendent malades. Mes médicaments sont préventifs, grâce à eux, tu ne tomberas pas facilement malade. Tu peux les porter sur le corps ou accrochés au-dessus de ta porte. Les gens qui entreront chez toi ne pourront pas te faire de mal.

- Nous les Miao nous avons aussi de mauvaises gens. Si tu as de bons médicaments  préventifs donne-nous en.

- ce matin je n’en ai pas pu en trouver beaucoup avant de venir. Je vous ai apporté celles-là, vous savez ce que c’est ?

- nous n’y connaissons rien en plantes médicinales, nous ne savons pas comment nous en servir.

- Ce matin je n’ai trouvé que ces plantes là. J’ai dit à Fang Fang au téléphone que j’allais chercher des plantes avant de venir.

- Elle dit qu’elle peut soigner la petite fille petit à petit. Elle dit qu’elle fera de son mieux.

- Oui, petit à petit. Tu mets ces plantes dans un tissu bien fermé et accroche lui autour du cou. Quand tu la laves ou que tu laves ses vêtements il ne faut pas le laver. Ses défécations sont-elles noires ?

- Non, elles sont plutôt blanchâtres.

- La petite a un gros ventre, il est tout gonflé. (La guérisseuse masse la petite fille)

- Avec son ventre si gros, est-ce qu’elle n’a pas des vers ?

- Oui un peu. Nous avons des médicaments pour les vers, mais ils sont très amers. Va plutôt acheter ces médicaments à la pharmacie pour soigner cela. Si vous prenez ces médicaments amers, il y a beaucoup de vers qui sortent mais c’est trop amer pour les petits enfants. Il vaut mieux acheter le médicament contre les vers.

- Dommage qu’elle ne puisse pas parler. En la massant ainsi, cela lui fait du bien. Tu es née quel mois ?

- il faut que je demande à ma mère, nous ne savons pas quand nous sommes nés, seulement notre mère le sait.

- il faudra faire attention, maintenant on n’est que le 2e mois.

- Si on veut avoir un garçon, est-ce qu’il faut bien choisir l’année ? J’ai déjà six filles. Y a-t-il un médicament pour avoir un garçon ?

- il n’y a pas de médicament pour avoir des garçons,  mais il y a une méthode : tu prends un fil et tu fais un rituel et ensuite tu enroules le fil autour de sa main et tu ne tombes pas facilement malade et tu mets au monde un garçon plus facilement.

 

 

Publié dans ethnologie

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Marie france jamal alaoui, 03/05/2008 08:29

chère françoise
comme tu le suggérais j'ai fait lire cette consulktation par un ami médecin marocain, très au fait également de la médecine traditionnelle marocaine
je te l'envoie
bien à toi
pensées très amicales Chère amie,
Il s'agit d'un classique colloque singulier entre le médecin traditionnel et le patient où, dans ce cas-ci ,son parent le plus proche.
Le tradi-praticien s'inscrit dans le traitement le plus classique: soigner par les plantes et par le rituel.En associant les deux types de traitement,il soigne le corps et l'esprit. C'est en ce sens que la médecine traditionnelle et notamment la chinoise est performante dans la guérison de certaines pathologies pour lesquelles la médecine, dite moderne, reste inopérante.
La démarche suivie dans le cas que tu rapportes est très courante au Maroc; le rituel se présente sous plusieurs formes:
- amulettes ( harraz) sous forme de petits sacs contenant des graines et qu'on porte au tour du cou ou de la taille
-danses gnaoua, hmadcha, aissaoua.....
- tatouage du corps au "hargous" qui est une sorte de goudron
Le but de ces pratiques est d'éloigner le mauvais sort ou les mauvais esprits sensés être la cause de la maladie.
Bien à toi et à bientôt: Dr. Amhmisse

Junguilin 13/04/2008 14:57

Sympa de reconnaitre notre amie guérisseuse... C'est amusant de l'entendre à la fois parler de téléphone et médecine ancestrale. J'espère que nous aurons le résultat de la consultation une prochaine fois!

Françoise Grenot-Wang 27/04/2008 07:31


Si tu peux montrer ce texte à un médecin et lui demander ce qu'il en pense, cela m'intéresserait beaucoup.
Bises
f